Aliments aphrodisiaques : vertus réelles ou supposées ?
L’alimentation peut-elle stimuler notre libido ? Jouant sur les mythes, le tout dernier livre d’Alain Tardif décortique une à une « les plantes aphrodisiaques »1 et donne quelques recettes, tandis que le docteur Sylvain Mimoun2 apporte son éclairage scientifique pour tordre quelques idées reçues.
1 « Les plantes aphrodisiaques », d’Alain Tardif chez Anagramme Editions
2 Interview exclusive accordée par le docteur Sylvain Mimoun, gynécologue, andrologue, psychosomaticien
Dans son nouveau livre « Les plantes aphrodisiaques », Alain Tardif passe en revue de nombreuses plantes aux vertus cachées : le cèpe de Bordeaux mangé cru serait un stimulant physique et aphrodisiaque; le gingseng réputé puissant tonifiant musculaire un allié des longues nuits ; l’élixir de pommier sauvage vendrait à bout de n’importe quel sentiment de honte…
Sans citer d’étude scientifique, Alain Tardif liste les végétaux réputés pour leurs vertus en apportant les limites des contre-indications. L’emploi fréquent du conditionnel ne trahit pas l’ambition de cet ouvrage sympathique, pratique et joliment illustré.
Quant au sexe à qui la plante s’adresse, chacune peut avoir un genre de prédilection. Le damiana (arbuste originaire du Mexique et de Californie) favorise l’éjaculation et l’écorce de yohimbe (arbre africain) l’érection. La Galanga, plante rhizomateuse, le jasmin et la maca des Andes, stimulent surtout les femmes.
L’ouvrage indique également une liste d’huiles essentielles à ingurgiter sous la langue afin de moduler ces appétits sexuels, trop petits ou trop gros… et l’on y retrouve l’impatience pour les éjaculateurs précoces, le lis martagon pour les brutaux, le tremble pour les grands anxieux. Enfin quelques recettes savoureuses sont servies en guise de conclusion. Aux amoureux de la Saint Valentin de savoir piocher dans cette pharmacopée au mille saveurs.
Interview exclusive accordée par le docteur Sylvain Mimoun, gynécologue, andrologue, psychosomaticien et auteur de deux ouvrages Sexe et sentiment version femme et version homme chez Albin Michel et Ce que les femmes préfèrent qui sort en livre de poche le 15/2/2010.
Nutriveig : Existe t –il des études établissant un lien entre les aliments et le désir sexuel ?
Docteur Sylvain Mimoun : Non il n’existe aucune étude et aucune preuve à ce jour autour de ça. En revanche, les écrits sur le sujet sont très nombreux mais ils se contentent de reprendre ce qui a déjà été dit. Globalement il s’agit de remèdes de grand-mère qui reviennent répétitivement sans preuve. Les plantes ou produits donnés comme aphrodisiaques sont en fait qualifiés de fortifiants. S’ils redonnent de l’énergie, en effet ils agissent aussi sur l’énergie sexuelle. Parfois c’est la forme de la plante ou de l’aliment qui évoque un organe sexuel : le sexe féminin avec l’huître ou la moule par exemple et le sexe masculin avec le gingembre. A fortiori les fantasmes autour de la corne de rhinocéros s’appuient là-dessus. Les discours qui accompagnent ces aliments là sont les plus importants et c’est surtout ceux-ci qui procurent l’effet principalement espéré.
Nutriveig : Peut on espérer un jour voir mener des études sur le lien entre la nourriture et la sexualité ?
Docteur Sylvain Mimoun : A l’heure actuelle, une étude coûte extrêmement chère. Elle doit être menée en double aveugle, avec un produit placebo efficace, des questionnaires validés, des prises de sang… cela prend beaucoup de temps alors qu’il y a encore trente ans on se contentait de savoir si les sujets se sentaient mieux ou moins bien. Les seuls qui soient prêts habituellement à investir, ce sont les laboratoires à condition qu’ils aient un produit à vendre derrière ou bien les institutions publiques. Savoir si une nourriture est aphrodisiaque ou non ne figure pas dans les priorités médicales. Les seules études sur la sexualité qui ont été menées en France l’ont été en 1972 avec la contraception, en 1992 avec le Sida et en 2008 sur les mêmes questions.
Nutriveig : Par observation expérimentale, existe t’il des aliments ou des épices réputées avoir un certain effet, je pense au gingseng notamment ?
Docteur Sylvain Mimoun : J’ai une anecdote amusante à raconter à ce sujet qui s’est passée lors d’un Congrès international à Paris sur la sexualité. Des médecins chinois nous questionnèrent sur les aphrodisiaques qui étaient prescrits dans la ville de l’Amour. Un professeur français répondit « Nous prescrivons du ginseng ». Ce qui amena cette phrase qui résume tout : « Je ne vous parle pas de placebo, je vous parle de vrais produits ! ». Le ginseng est typiquement une plante fortifiante, or si une personne se sent dynamisée, tout suit. Du côté des épices, il est probable qu’une nourriture relevée amène une chaleur dans le bas ventre qui peut être confondue avec une chaleur d’origine sexuelle…
Nutriveig : Quels types d’actions, fortifiante, stimulante, hormonale, les aliments aphrodisiaques peuvent-ils avoir sur le métabolisme des mammifères que nous sommes ?
Docteur Sylvain Mimoun : Stimuler, fortifier l’organisme … tout cela est recherché pour la santé. De manière plus ciblée sur la sexualité, les plantes voire les compléments alimentaires aphrodisiaques cherchent à ce que le vagin ne soit pas sec; que les organes sexuels des hommes et des femmes soient mieux irriguées, cela joue sur la circulation du sang jusque dans la périphérie du corps. Il est clair que si le vagin, le clitoris, la verge sont mieux irrigués ils seront plus réactifs et tout se passera mieux. J’imagine que ces produits peuvent procurer entre 10 et 20 % de début de réaction, si le discours rajoute 20 %, cela cumule déjà 40 %, une fois que vous êtes sur la rampe de lancement vous pouvez dépasser les 40 %, c’est ça l’idée. Mais soyons clairs, ces produits ne sont pas du Viagra. L’homme qui prend ce médicament, n’y pense plus et se retrouve avec une érection. Alors qu’avec des aliments aphrodisiaques, la personne se sent soutenue par l’idée qu’elle a pris quelque chose de stimulant, du coup cela va mieux se passer pour elle. Elle sera plus réceptive, mieux positionnée dans la direction de son plaisir.
Nutriveig : Le vin est il une boisson aphrodisiaque à cause de son effet désinhibant et particulièrement le champagne avec son effervescence grisante ?
Docteur Sylvain Mimoun : A petites doses, le champagne rend en effet les femmes pompettes, un peu guillerettes. Avec un verre voire deux, la femme a une légère ivresse joyeuse qui lui ouvre les portes du désir. C’est agréable à boire et ça rend joyeux. Dans la consommation d’alcool et de vins, ce qui est surtout important c’est la convivialité du moment. Mais tout reste une question de dosage. Au départ l’alcool désinhibe et donne des ailes. Il peut permettre à certaines personnes de franchir certains obstacles émotionnels. Ensuite, à une dose excessive, la personne va s’endormir, au sens propre comme au sens figuré : endormir son désir et s’endormir tout court.
Nutriveig : Comment décririez-vous la délicate alchimie du désir ?
Docteur Sylvain Mimoun : Le désir est la chose la plus compliquée qui soit pour l’être humain. Mais surtout chez la femme, où il constitue le trouble sexuel n° 1. Aider à réguler le désir c’est un plus. Souvent la femme se contente d’attendre le désir sans se rendre compte que par là même elle le chasse. Le seul allié sur lequel elle doit s’appuyer c’est son propre plaisir. Ce qui importe c’est le côté agréable, festif et « clean ». L’odeur également est très importante pour la femme, encore plus que chez l’homme. En clair si l’on prend des aliments réputés aphrodisiaques dans un climat agréable et festif cela marchera beaucoup mieux qu’en avalant une substance devant un placard sans rien faire !